Le super groupe est un ovni dans l'univers du rock. Les associations temporaires de musiciens pour des projets de courte durée étant plutôt au registre des habitudes de jazzeux. Cependant ça se fait de plus en plus commun. On a eu quelques poignées d'exemples par le passé comme David Coverdale & Jimmy Page, ou plus récemment Audioslave (voix de Soundgarden + ex-Rage Against The Machine). Le résultat n'est pas toujours transcendant et on a souvent l'impression de s'être fait plumer après avoir écouter la galette. Des mecs avec des antécédents prestigieux se mettent ensemble et on se dit que ça va le faire... forcément! Et puis non. Le concept de Dream team fonctionne déjà assez mal en sport alors en musique... Ca ne fait généralement que renforcer l'idée que le concept de groupe où les individus sont dilués dans le collectif est bien ce qui marche le mieux en rock. On a appris récemment la venue de deux super groupes. L'un avec Chad Smith (Red Hot Chili Peppers) à la batterie, Sammy Hagar et Michael Anthony (Van Halen) à la basse et au chant, accompagnés par Joe Satriani à la guitare et réunis sous le nom de Chicken Foot. L'autre avec Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters, Queen Of The Stone Age) à la batterie, Josh Homme (QOTSA) à la guitare et au chant, et John Paul Jones (Led Zeppelin) à la basse et aux claviers sous le nom de Them Crooked Vultures.
On se dit waou!!!! Ca va dépoter tout ça. Alors on va sur internet. On ouvre impatiemment les pages myspace des uns et des autres. Et là force est de constater que les deux super groupes ne jouent pas du tout dans la même catégorie. Si on en croit les extraits présents sur leur page, Chicken Foot présente un rock blues à papa au son vieillot et son grand intérêt. Un agglomérat de riffs plan-plan. C'est très bien joué (les mecs sont de pros encore heureux qu'ils savent mettre un blues en place!?). C'est tout. Circuler y a rien à voir. On ouvre alors la page de Them Crooked Vultures. Et là Bam!!! La gifle. gros son, gros riff, moderne, intelligent. On regarde la date de sortie officielle et on attend avec impatience. Le disque est désormais là alors parlons-en !
Attention poids lourd! Voilà ce qui devrait figurer sur la pochette de cet album éponyme. Them Crooked Vultures livre un paquet chargé à bloc. Le son est profond, lourd, parfaitement équilibré, moderne, pêchu et j'en passe. Une production impeccable. On a affaire à un équilibre parfait entre le gros son seventies et les approches modernes de la scène grunge du milieu des années 90. Le disque n'est pas sur-boosté à l'extrême ce qui laisse la place à des variations de volume assez importantes et permet une mise en valeur des passages calmes et énervés.
Je ne vais pas passer tous les titres en revue mais il y a du Led Zep (No One Loves Me, Reptiles), du King Crimson (New Fang), une nonchalance à la Joe Strummer (Mind Eraser), des airs de Bowie et Iggy Pop (Spinning in the Daffodils), des ambiances plombées à la Soundgarden (Interlude with Ludes) des morceaux à tiroir (Elephants), même du Stevie Wonder (passage solo de Scumbag Blues), du psychédélique etc etc... Pourtant l'album ne sonne comme rien de ce que j'ai pu écouter précédemment. Il y a une vraie identité qui se dégage. Le groupe a vraiment travailler ensemble. Ca se sent. Même si ceux qui ont écouter les albums solos de John Paul Jones noteront l'influence énorme du Monsieur sur cette galette. Ses recherches sonores mêlant basse, 4, 6 et 12 cordes et son goût prononcé pour le gros riff qui balance traversent le disque de part en part.
J'ai récemment vu leur prestation au festival de Reading sur BBC2 et les concerts ne font que confirmer tout le bien qui ressort de l'écoute de l'album. On est en présence d'un groupe, pas d'un collage de célébrité pour faire mumuse le temps d'une tounée. On ne sait pas s'ils vont rester ensemble longtemps mais ce projet était un vrai et ils sont allés au bout de leur travail.
Certainement la meilleure galette de l'année en ce qui me concerne. Le temps nous dira si d'un bon disque elle devient un grand disque. De mon point de vue c'est le genre d'album qu'on écoute, réécoute, dont on s'imprègne. Le genre qui reste dans la chaine hi-fi pendant des semaines. Les morceaux sont suffisament denses pour transcender les ambiances, les envies et les humeurs du moment. Un sans faute.


